Les infrastructures jouent un rôle primordial dans la vision d’émergence du pays, et, à ce titre, des investissements conséquents sont prévus dans le secteur, dans tous ses segments, comme le précise le Ministre Dieudonné Dukundane.
Propos recueillis par Clément Airault
Pourquoi les infrastructures sont-elles si importantes pour le Burundi ?
Nous sommes un pays enclavé, qui se trouve à 1 500 km de l’océan Indien. Si vous fabriquez au Burundi un produit que vous devez vendre à l’international, vous devez maîtriser les coûts logistiques. C’est pourquoi le Gouvernement du Burundi met un accent particulier sur les infrastructures, et que le ministère des Infrastructures, dans ses attributions, reçoit un budget parmi les plus importants.
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Quelles ambitions avez-vous concernant les routes ?
Notre réseau routier fait près de 9 000 km, dont 2 000 km de routes bitumées. Avec la vision de devenir une économie émergente en 2040, au moins 40 % de notre réseau routier doit être praticable en toute saison.
Concernant les routes en terre, en un an, nous avons rendu praticable un réseau de 700 km, soit 10 % de notre réseau routier en terre. Cela nous pousse à croire que dans les prochaines années, les trois quarts de notre réseau routier en terre seront praticables. Concernant le réseau bitumé, nous sommes en train d’intervenir sur 200 km, soit 10 %. Ces travaux ont un coût important : 200 km de routes bitumées représentent 200 millions de dollars ! Les financements proviennent de fonds publics sur le budget de l’État, des apports des partenaires au développement, qu’il s’agisse de la Banque mondiale ou de l’Union européenne (UE). Nous sommes également en train de réfléchir à une approche en partenariats public-privé, notamment sur la mise en place d’une route à péage, sur 100 km entre la capitale économique et la capitale politique. Le cadre légal est en cours de préparation. Nous pensons que les efforts de l’État peuvent être appuyés par les investisseurs privés. C’est de cette manière que la vitesse de réalisation des investissements va s’accroître. On ne peut pas tout attendre de l’État.
Nous devons également tout faire pour que notre réseau routier national se connecte aux réseaux routiers de la sous-région, et notamment celui de la Tanzanie puisque c’est de là que partent la plupart de nos marchandises à l’exportation. Il nous faut également connecter notre réseau routier à ceux de la RDC, du Rwanda et de la Zambie.
Dans cette stratégie globale visant à faciliter les exportations, quelle importance revêt le chemin de fer ?
Nous ne serons jamais compétitifs si nous ne maîtrisons pas nos coûts logistiques. Aujourd’hui, quand vous transportez une tonne de marchandises de Dar es Salam jusqu’à Bujumbura, cela coûte 160 dollars en transport par la route. Avec le chemin de fer, le coût à la tonne se réduit jusqu’à 50 dollars. Le calcul est rapide : pour 1 million de tonnes, vous perdez environ 100 millions de dollars. Et nous avons besoin de cet argent pour nos infrastructures. C’est pourquoi le pays a opté pour un investissement dans le chemin de fer. Nous avons initié un projet ferroviaire tripartite entre la Tanzanie, le Burundi et la RDC. Le train facilitera l’exploitation du grand gisement de nickel de Musongati, qui contient 1/6e des réserves mondiales. Les entreprises ont été sélectionnées. Nous attendons aujourd’hui la décision de la Banque africaine de développement (BAD), qui participe au financement de ce projet. Nous espérons lancer les travaux avant la fin de cette année 2024.
Comment tirez-vous profit du lac Tanganyika et de ses ports pour optimiser le transport de marchandises ?
Sur le lac Tanganyika, à Bujumbura, nous sommes connectés à la RDC, à la Zambie, à la Tanzanie, mais aussi plus loin, jusqu’à l’Afrique du Sud. Le port de Bujumbura a été construit dans les années 1950. Des investissements de modernisation et de rénovation sont en cours, pour un montant de plus de 60 millions de dollars.
Les infrastructures du premier lot, financé à travers la coopération japonaise, ont été consacrées à la construction d’un chantier naval et d’un nouveau terminal à conteneurs. Nous avons également pu agrandir le bassin portuaire.
Le second lot, financé sur la coopération de la BAD et de l’UE, porte sur le financement de la construction d’un terminal pétrolier, l’acquisition d’équipements portuaires, et la construction de routes pour faciliter l’accès au port de Bujumbura.
Par ailleurs, le port de Rumonge, à 75 km au sud de Bujumbura, va aussi être rénové. Ainsi, les investisseurs de la partie sud de Burundi n’auront plus besoin d’aller jusqu’à Bujumbura pour récupérer leur cargaison. Les études sont terminées et les travaux vont bientôt commencer.
Nous allons aussi créer des ports secs, en lien avec la construction du chemin de fer. Il faut que nous ayons des lieux bien identifiés pour stocker les marchandises et éviter les embouteillages dans le centre-ville de Bujumbura.
Quelles mesures avez-vous mises en œuvre pour rénover les infrastructures aéroportuaires vieillissantes ?
L’aéroport de Bujumbura est le seul aéroport international en fonction dans le pays. Il va connaître des travaux de modernisation, à commencer par la rénovation de la piste d’atterrissage ; on va aussi faire des travaux sur des infrastructures connexes à l’aéroport. Les financements sont déjà acquis à travers la coopération chinoise. L’entreprise est sur site et les travaux ont commencé. Avec le trafic aérien en croissance, nous avons aussi identifié d’autres aéroports secondaires. Les études liminaires ont déjà été réalisées.
Gitega est devenue la capitale politique du pays. Quel impact cela a-t-il eu sur les infrastructures ?
Avec cette dynamique, des infrastructures administratives ont dû être construites pour loger les services de l’État et les départements ministériels. Le Parlement et le Sénat ont été érigés, et un nouveau bureau de la présidence de la République est en cours de construction. Le Ministre de l’Agriculture et le Ministre de l’Intérieur ainsi que le Sénat sont déjà installés à Gitega. Le déplacement des administrations de Bujumbura à Gitega est un processus progressif.
Le pays investit également beaucoup dans les services de santé, alors que le Chef de l’État a promis de doter chaque commune d’un hôpital. Cette seule année 2024, nous investissons pour construire 42 hôpitaux communaux. Ce sera une fierté pour nous tous. Les infrastructures se développent également dans le secteur agricole. Non loin de Bujumbura, un chantier va permettre d’irriguer 1 000 ha de terres agricoles. Il ne faut pas non plus oublier les infrastructures scolaires, sur lesquelles nous œuvrons.
Les autres ministères voient se réaliser leurs objectifs grâce à l’assistance de nos services techniques, ici, au ministère des Infrastructures.
Comment votre ministère contribue-t-il à planifier les constructions, pour les acteurs économiques comme pour le logement ?
Si nous souhaitons devenir une économie émergente, l’industrie doit obtenir une place de choix. On ne peut pas passer du secteur primaire au secteur tertiaire sans passer par l’industrie, qui permet la transformation de nos produits.
Nous avons mis en place le chemin national d’aménagement du territoire. Cela n’avait pas vraiment été fait auparavant et certaines zones industrielles étaient un véritable méli-mélo. Il faut par exemple que les industries touristique ou agroalimentaire sachent où installer leurs usines. Il faut que les sites soient viables, accessibles, avec de l’eau, de l’électricité et une connexion internet. Nous devons faire cela à l’échelle nationale. Au mois de mai 2025, ce chemin national sera finalisé.
Notre vision d’émergence prévoit de loger au moins 40 % des Burundais dans les villes et les villages d’ici 15 ans. Cela veut dire que nous devons loger plus de 4 millions de personnes, et donc construire près de 30 000 nouveaux appartements chaque année. Le chantier est gigantesque. Nous avons initié pour cela une nouvelle politique de logements. L’État met à la disposition des promoteurs immobiliers des espaces pour la construction. Nous avons proposé un certain nombre de textes règlementaires qui protègent les investisseurs dans les secteurs de l’habitat ou de l’immobilier, et leur attribuent des avantages économiques. À ce jour, nous avons déjà enregistré une dizaine de demandes de la part de promoteurs immobiliers, dont trois ont eu leur convention signée.




